François Coppée
(Paris, 1842 - 1908)


      François Coppée est un poète à redécouvrir. Mal comprise, sa tentative de lyrisme familier valut à cet esthète une réputation de prosaïsme qui occulta son vrai talent.
      Issu d’un milieu modeste, ce « pâle enfant du vieux Paris » fréquenta de bonne heure les milieux du Parnasse, se liant d’amitié avec Théodore de Banville, puis avec Leconte de Lisle, à qui il dédia Le Reliquaire (1866). Ce premier recueil est surtout influencé par Baudelaire, de même que les Intimités (1868), où se dévoile une sensualité moderne et spleenétique.
      
Le 14 janvier 1869, Coppée devint brusquement célèbre grâce au Passant, petite comédie pleine de fraîcheur et de jeunesse, dans laquelle Sarah Bernhardt fit ses débuts. En 1872, un nouveau recueil marqua un profond changement d’inspiration. Réanimant la mystique française du petit, Les Humbles évoquent en effet, sur un ton mi-attendri mi-ironique, les passions rentrées et les douleurs muettes des gens du peuple. Quant aux dizains des Promenades et intérieurs (1875), parodiés par Rimbaud et Verlaine, ils révèlent la beauté triste des paysages de banlieue et peignent de calmes intérieurs au charme suranné, où l’esprit nerveux du poète goûte un instant d’apaisement. En 1876, Coppée livra les secrets de son âme mélancolique dans un long poème autobiographique, Olivier.
      
De nouveaux succès théâtraux favorisèrent son élection à l’Académie française, le 21 février 1884. Dès lors, le poète reçut, chaque dimanche, dans son salon de la rue Oudinot, amis, confrères et débutants. Après les beaux vers d’amour d’Arrière-Saison (1887), il composa des contes et des romans, notamment Le Coupable (1897), adapté au cinéma par Antoine en 1917 et par Raymond Bernard en 1936.
      
La même année que Le Coupable, Coppée se convertit au catholicisme. L’affaire Dreyfus l’entraîne alors dans sa tourmente. Son bonapartisme latent se métamorphose en nationalisme ardent : le poète devient président d’honneur de la Ligue de la Patrie française. De ce double engagement politique et religieux témoignent les recueils Dans la prière et dans la lutte (1901) et Des vers français (1906).
      
Coppée fut aussi un critique littéraire averti. Il consacra de nombreuses chroniques à revisiter les oeuvres des classiques et des romantiques, à encourager de jeunes talents, comme Émile Verhaeren et Francis Jammes, et à en découvrir de nouveaux, comme Pierre Louÿs et Albert Samain.

Yann Mortelette
maître de conférences à l’université de Bretagne occidentale



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