Adam Adolphe
(1803 - 1856)

par Roberto Alagna

      Membre de l’Institut à partir de 1844, est un compositeur populaire fort prolixe dont les œuvres se fredonnent dans tous les milieux jusque tard dans le XXe siècle. Il est passé à la postérité à travers une mélodie rapidement composée à la demande de l’une de ses anciennes interprètes, une mélodie intitulée Minuit Chrétiens. Mais Giselle, parangon du ballet romantique français, demeure l’ouvrage qui lui aura permis de rester, bon an mal an, à l’affiche de tous les théâtres d’Europe et d’Amérique.
       Né d’une famille musicienne Adolphe n’est pas ce qu’on appelle un enfant prodige. Initié très jeune à la musique, c’est au Conservatoire, sous la houlette de François-Adrien Boieildieu. Le premier contact professionnel d’Adam avec le monde du théâtre eu lieu au théâtre du gymnase dramatique. Adolphe fut engagé dans l’orchestre du gymnase pour y jouer... Du triangle - eh oui ! - avant d’en devenir - promotion notable ! - le timbalier chef puis le chef des chœurs. En 1824, Adam se décide à concourir pour le prix de Rome. C’est un échec. Ainsi que l’année suivante où il n’obtient que le second grand prix. Notre compositeur se lance dans la musique de théâtre et compose des airs nouveaux pour les pièces du vaudeville, du gymnase, et des nouveautés. Le succès est au rendez-vous. Ces airs courent sur toutes les lèvres, on peut les entendre chanter bien au-delà du théâtre et dans les cafés chantants du boulevard. Le premier opéra-comique d’Adam, Pierre et Catherine, présenté le 9 février 1829 sur la scène de la salle Favart.
       En 1834, un petit acte d’opéra-comique, Le Châlet, enthousiasme le public de l’opéra-comique. Les contemporains d’Adam ont souvent considéré cet ouvrage comme le chef-d’œuvre du compositeur, au point d’en indisposer le musicien. Ce « Châlet » lança définitivement le compositeur.
       Le 13 octobre 1836, Adam fait représenter Le Postillon de Longjumeau sur la scène de l’Opéra-Comique.. La période est particulièrement féconde pour Adam. Tandis que l’on prépare le Postillon rue Favart, on s’apprête à représenter son premier ballet, La fille du Danube, à l’opéra. Le soir de la première, tout Paris s’enthousiasme. «J’avais choisi ce jour et cette date, persuadé que cela me porterait bonheur. Le succès dépassa mon attente. Ce fut un véritable triomphe» notera plus tard Adam dans ses mémoires.
      À la suite de ce Postillon de Longjumeau, Adam reçut la Légion d’honneur. La réussite lui est alors comme un engrenage, et il produit abondamment. Son style facile, agréable et délié se trouve en parfaite adéquation avec la sensibilité bourgeoise contemporaine. Il écrit tant pour l’opéra-comique que pour l’opéra, le ballet, l’église ou les salons, avec un succès toujours égal. Sa musique, si elle paraît parfois sans surprise, est cependant toujours empreinte d’élégance et de raffinement. Adolphe Adam, dont la vie est jalonnée de succès et de dîners en ville, voit pourtant son horizon s’assombrir à la fin des années 1840. Il crée fin 1847 l’Opéra National, dotant ainsi la capitale d’un troisième théâtre lyrique, mais que la révolution de 1848 conduira à la faillite, la salle à peine ouverte.
       Ruiné, il doit continuer à composer : tous ses droits d’auteurs sont versés à ses créanciers. Pour survivre, Véron l’engage comme critique au "Constitutionnel" - Adam deviendra l’un des critiques les plus écoutés de son temps - et le général Cavaignac fait ouvrir pour lui une 4eme classe de Composition au Conservatoire. Le compositeur malheureux note dans ses mémoires : « La perte de ma fortune n’a pas été très sensible. Je n’ai connu qu’une privation : celle de ne pouvoir plus recevoir mes amis : c’était mon seul et plus grand plaisir. [...]je rends grâce à Dieu, en qui je crois fermement, des faveurs, peut-être bien peu méritées dont il m’a doté ; puisque, malgré ma mauvaise chance en fait d’affaires, il m’a laissé encore assez d’idées pour écrire quelques ouvrages que je tacherai de faire et moi un mot est possible »
      Adam se remet donc d’arrache-pied à la composition, et accouche de quelques un des ouvrages majeurs de son oeuvre tels l’opéra-comique Le Toréador en 1849, Giralda (livret de Scribe) pour l’Opéra en 1850, une Messe de Sainte-Cécile la même année, ou La Poupée de Nuremberg au Théâtre Lyrique. Il donne dans la même maison, en 1852, l’opéra-comique Si j’étais roi, qui longtemps resta au répertoire des théâtres français. Son oeuvre ultime, intitulée Les pantins de Violette, est une jolie fantaisie en un acte qui fut créée le 29 avril 1856 aux Bouffes-Parisiens, exactement quatre jours avant sa mort. Le travail l’avait conduit au tombeau tant il avait mis un point d’honneur à satisfaire aux obligations financières dans lesquelles la faillite de son théâtre l’avaient plongé.